Cette année là, j'avais 15 ans. J'habitais depuis ma naissance, dans le quartier de la Bergeonnerie Est, à Tours. Je connaissais tout le monde dans la résidence et je faisais partie d'une bande. La BANDE de la Bergeonnerie Est. Il faut savoir qu'il existait deux Bergeonnerie. La Est et... la Ouest. Là, il y avait aussi une bande. Bien entendu, en lisant entre les lignes, on s'aperçoit que nous détestions l'autre Bergeonnerie. Un petit bois séparait les deux quartiers et en était la frontière infranchissable pour les deux camps adverses. Qu'un des protagonistes s'aventurait au delà de cette limite et c'était « sa fête ». La Mairie, face à cette petite guerre, a décidé qu'il serait bon de construire un petit fort, dans ce bois. Quelque chose de ludique, une vraie représentation de ces forts que l'on voyait dans les films de cow-boys. Un endroit dans lequel nous pourrions jouer, nous réunir... fraternellement. Grosse erreur. Nous réclamions la légitimité de cet édifice et ceux de la Ouest aussi. Nouvelle raison de se battre. Non, sans plaisanter, même si nous n'étions que des pâles copies des gangs américains, nous avions tout de même le sens du territoire. Evidemment, aujourd'hui tout a changé dans ces quartiers. Il y a même des « transfuges »... Les temps changent. Je suis intarissable sur l'histoire de ces quartiers, ; alors, pour en revenir à nos moutons, sachez qu'il existait : Les Bergeonneriestiens et les Bergeonnerieoustiens. Je faisais partie de cette bande, depuis 1 an et nous avions fait les 400 coups. Chacun de nous, possédait une mobylette. La mienne était rouge, bleue et chrome: un 103 MVL. Très viril cyclo... Les après-midi des week-end, nous passions notre temps à les nettoyer, les réparer, les tuner ( le terme de l'époque, était : customiser). Nous avions notre QG, un hall de bâtiment dans lequel nous nous réunissions que ce soit avant une « expédition » dans d'autres quartiers ou simplement pour nous retrouver. C'était aussi un endroit stratégique, puisque de là, nous pouvions voir arriver les Bergeonnerieoustiens qui venaient acheter leurs paquets de cigarettes. Car, autre précision, le seul centre commercial à 2 kilomètres à la ronde, était chez nous et il comportait un bar-tabac. Drôle de se dire qu'il fallait vraiment avoir envie de fumer pour oser y venir. J'en ai même vu courir. Si, si.
Dans la bande, il y avait parfois une fille : CM. Elle nous côtoyait depuis quelques temps déjà mais était plus jeune que nous, que moi. Deux ans de moins ; ça compte quand on est adolescent. CM était très proche de RV, tout comme lui l'était d'elle. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé ce jour là, mais j'ai eu un coup de foudre. Enfin, pas un coup de foudre, plutôt une révélation. Bien que nous nous voyions à chaque fois que nous nous retrouvions dans ce hall (elle habitait dans le bâtiment), depuis pas mal de temps ; je me suis aperçu ce jour là que je la trouvais... très « à mon goût ». Un terme péjoratif, mais qui reflète parfaitement mon ressenti d'alors. J'ai trouvé qu'elle avait un très beau sourire, un très beau regard. J'aimais sa façon de parler, de ne pas se laisser faire par les gars de la bande ; j'aimais la voir évoluer discrètement autour de nous. Elle m'impressionnait très souvent et pourtant, il m' en fallait. Je l'ai observé durant pas mal de temps. Je voulais être sûr de la nature de mes sentiments si soudain...
Moi, j'avais 13 ans et j'étais collégienne. Un vrai garçon manqué ! Je faisais partie de cette bande j'habitais donc à la Bergeo Est. J'étais bien souvent avec les 3 principaux, JL, RV, et PB, que des garçons...
Je n'avais pas toujours la permission de sortir très tard le soir, alors je discutais souvent à la fenêtre de ma chambre au 2éme étage. Mon bâtiment devenait de plus en plus le QG.
Pour ne pas me faire attraper par mon père à parler tard le soir à la fenêtre, je discutais par l'intermédiaire d'une ficelle ; j'y accrochais un bout de papier et je la remontais et descendais pour avoir des réponses.
La plupart du temps, j'étais avec RV qui me connaissais depuis l'enfance. RV était amoureux de moi ; moi pas.
Dans la bande, il y avait JL (rien que de l'écrire j'ai le c½ur qui s'accélère) il avait 15 ans...
Je ne l'avais pas remarqué parce qu'il avait de très beaux yeux bleus ! , non, mais pour son sens des responsabilités, sa maturité malgré son âge et son côté protecteur et mystérieux.
A l'époque, la bande s'habillait souvent en chemise à carreaux noire et blanche et moi à carreaux noire et rose.
Nous étions vraiment un clan : les Bergeonneriestiens comprendre : les habitants de la Bergeonnerie Est...et la guerre était déclarée contre la bergeonnerie ouest et quiconque pénétrait dans le territoire Est était en territoire ennemi.
La bande était à mobylette, JL avec son 103 MVL rouge et bleu, casque au bras, était vraiment « craquant ».
Pendant 1 an, je l'ai observé....frôlé.... jamais de prise de tête.
Parfois, nous passions des après-midi et des soirées tous ensembles dès que je le pouvais.
La manière de faire restait la même : vers 21h00/22h00 les garçons sifflaient à ma fenêtre de façon remarqué et discrètement j'entrouvais ma fenêtre pour leur parler.....
J'étais timide dans mes gestes et dans mes regards....regards furtifs avec JL et s'attardant l'un sur l'autre -en silence -
Nous nous parlions peu, tout était dans le ressenti, mon c½ur battait plus vite quand je le voyais, je n'osais pas toujours le regarder droit dans les yeux.
Nous ne restions pas souvent seuls, JL et moi, rapidement la bande se formait en bas de mon bâtiment...dans un sens tant mieux car je n'osais pas réellement commencer une conversation, par peur d'être banale, de bafouiller et de paraître ridicule.
J'étais amoureuse de lui et je n'osais pas le lui dire....je confiais ce secret à ma meilleure amie de l'époque, L.H.
